L'art de la respiration

 

    Ce qui distingue la respiration ordinaire, superficielle, de la profonde respiration abdominale, c'est le contrôle que joue le diaphragme - le muscle le plus grand et probablement le plus sous-estimé du corps. Lors de l'inspiration, le diaphragme se contracte et s'aplatit, ce qui diminue la pression dans le thorax et fait entrer l'air dans les poumons. Lors de l'expiration, il se relâche et revient en position haute, voûtée, dans la poitrine, réduisant l'espace dans le thorax et expulsant l'air dans les poumons. Nous sommes nombreux à respirer peu profondément dans la poitrine alors que notre organisme est conçu pour de profondes inspirations abdominales. Quand le diaphragme est bien sollicité dans la respiration, il fait office de pompe et stimule la circulation abdominale et portale.

    Le pranayama nous enseigne les trois fonctions de la respiration: l'inspiration (purka), l'expiration (rechaka) et la rétention (kumbhaka). L'inspiration agrandit la cavité de la poitrine et emplit les poumons d'air frais; elle apporte l'oxygène à l'organisme et stimule le système physiologique. Le blocage de la respiration se traduit par une augmentation du taux de gaz carbonique dans le sang et une élévation de la température interne, et joue un grand rôle dans l'augmentation du taux d'absorption de l'oxygène. Durant l'expiration, le diaphragme se détend et revient en position voûtée, en chassant des poumons l'air chargé de gaz carbonique, de toxines et d'impuretés.

    Vous pouvez aider le diaphragme dans son travail en contractant les muscles abdominaux lors de l'expiration. A la fin de chaque expiration, si vous êtes calme et attentif, vous pouvez percevoir cet instant où le diaphragme parvient à une décontraction maximale et où la colonne vertébrale s'allonge alors naturellement. Si vous le ressentez, sachez l'apprécier. Ne vous précipitez pas pour inspirer: attendez que l'inspiration vienne naturellement à sa propre vitesse, emplissant vos poumons et élargissant l'arrière de votre dos. En respirant, pensez aux vagues qui viennent doucement léger le rivage. Visualisez, pendant l'expiration, le reflux de la vague ramenant l'eau vers l'arrière, et lors de l'inspiration le flux qui revient couvrir la grève, aussi inéluctable qu'inexorable. Le bruit paisible des vagues venant s'échouer sur une plage évoque celui d'une respiration sereine et profonde.

    Pour que le diaphragme et les autres muscles respiratoires travaillent librement, il faut être convenablement assis. La colonne vertébrale et ses muscles doivent s'équilibrer avec le mouvement du diaphragme, afin que les vertèbres lombaires soient tirées vers le bas par l'expiration, ce qui libère la colonne vertébrale. Le pubis ne doit être ni vers l'arrière ni vers l'avant pour que la colonne se dresse sans effort, chacune de ses quatre courbes s'équilibrant avec les trois autres; la tête est portée sans pesanteur, les épaules sont décontractées et le menton est rentré.

    Le Lotus est la posture assise classique de la respiration ou de le méditation, précisément parce qu'elle aboutit naturellement à cette position équilibrée. Mais l'impression de facilité que donnent les sculptures du Bouddha assis en Lotus est trompeuse. Ceux qui travaillent le Padmasana attendent souvent de longues années avant de pouvoir s'asseoir confortablement et de tenir cette posture aussi longtemps qu'ils le souhaitent. Les postures de substitution sont le Vajrasana, le Baddha Konasana, ou la position assise sur une chaise à dossier droit, les pieds fermement posés au sol. Quelle que soit votre façon de vous asseoir, les mêmes règles s'appliquent: veillez à ce que les épaules, qui ont tendance à se soulever lorsque vous inspirez, demeurent souples; utilisez l'expiration pour les laisser retomber, les sentir se détendre et s'allonger à l'arrière du cou.

    La respiration est associée à l'essence de ce que nous sommes à un point tel, qu'on ne peut la modifier par la volonté. Plus on fait d'efforts en pranayama, plus le souffle devient insaisissable. Et nous apprenons tous, en définitive, que pour la modifier il faut y faire attention, l'observer.

Extrait de "L'Esprit du Yoga", Kathy Phillips

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