Quelques exercices de Pranayama
"Comme les lions et les tigres se domptent très lentement et très précautionneusement, le prana doit être maîtrisé très lentement et graduellement, selon les capacités et les limitations physiques de chacun. Sinon, il risque de tuer le pratiquant." Cet avertissement assez inquiétant extrait du "Hatha Yoga Pradipika" aborde une question essentielle: le pranayama est un instrument puissant qui ne devrait pas être utilisé à la légère. Il n'y a aucun risque à apprendre dans un livre les principes élémentaires de la respiration profonde, mais il est fortement recommandé de travailler tous les autres exercices de pranayama sous les directives d'un maître qualifié.
Ujayii (la respiration profonde simple)
C'est le plus simple de
tous les exercices de pranayama, et l'on peut l'apprendre seul. Réalisé soit
allongé sur le dos, les genoux repliés, soit assis, l'Ujayii est une respiration
lente et rythmique, où l'on inspire et expire sans effort. Expirez, rentrez le
ventre et observez l'allongement de la colonne vertébrale ainsi que le
relâchement des hanches et des épaules à la fin de l'expiration. N'inspirez pas
tout de suite, attendez de recevoir l'inspiration en son temps. Lentement, à
chaque cycle respiratoire, le corps s'adaptera selon les mouvements de la
colonne vertébrale, trouvant son propre équilibre avec le souffle. L'ujayii
enseigne de la sorte la position assise parfaite. Vous pourrez vous aider à
trouver le rythme d'une respiration régulière en comptant lentement tout en
respirant; progressivement, votre respiration deviendra plus profonde, plus
lente. Mais n'attendez pas un effet sur votre respiration "quotidienne", car le
souffle est la première fonction du corps à être affectée par les sentiments.
Kapalabhati (la respiration purificatrice)
Ce kriya est une technique de purge des sinus qui nettoie les voies respiratoires et nasales, et contribue à l'évacuation des gaz stomacaux et intestinaux. Elle revivifie aussi l'esprit et améliore la concentration. La respiration Kapalabhati consiste en une violente contraction des muscles abdominaux qui expluse l'air vicié par les narines, suivie immédiatement du relâchement de ces mêmes muscles abdominaux pour inspirer l'air frais. Cette technique de respiration est puissante et ne doit pas être pratiquée trop longtemps; si vous vous sentez vaguement "parti" après une séance de Kapalabhati, vous êtes en hyperventilation. Les personnes souffrant des yeux ou des oreilles, d'hyper ou d'hypotension artérielle et les femmes enceintes s'abstiendront de la pratiquer.
Kumbaka (la rétention de la respiration)
Mettre le corps dans une position que toute personne normalement constituée jugerait impossible et la tenir - en d'autres termes pratiquer un asana -, c'est ainsi qu'a été décrite la première indication du yoga dont l'objectiv est de transcender la condition humaine. Si l'on soumet la pratique du pranayama à la même analyse, le Kumbaka (la rétention du souffle) apparaît comme la plus extrême, car elle équivaut, selon Mircea Eliade, "à refuser de "respirer" comme l'humanité dans son ensemble". Bien entendu, la respiration n'est pas totalement arrêtée dans le Kumbaka, mais le souffle est retenu durant un temps mesuré, en respectant un rapport strict entre la longueur de l'inspiration et celle de l'expiration.
Bramari (l'expiration avec une vibration)
Le Bramari, ou respiration bourdonnante (le son de l'expiration ressemble au bourdonnement d'une abeille), est l'un des rares exercices de pranayama que l'on peut pratiquer seul sans risque. Pour obtenir ce bruit, on expire en faisant vibrer les lèvres. A mesure que l'on s'apaise et intériorise ce bourdonnement, on ressent au niveau du sternum une profonde vibration qui se propage dans le corps, à travers la colonne vertébrale. Cet exercice reposant sera utile aux débutants, car le bruit fait office de dérivatif, distrayant des trop nombreux impératifs qui régissent ce que nous devons faire ou non en respirant.
Extrait de "L'Esprit du Yoga", Kathy Phillips